Cancer du sein et Sexualité

La 3ème grande enquête réalisée par Célia Charpentier et Isabelle Faure-Kandel, analystes psycho-organiques qui portent haut la voix des femmes atteintes d’un cancer du sein et évoquent leurs nombreuses difficultés au quotidien.

 

Face à une épidémie mondiale, comment est gérée la maladie ?

L’épidémie du Covid qui sévit depuis 2019 a entrainé une baisse considérable des dépistages des cancers du sein et a ralenti les activités de chirurgie en 2019 et 2020, ce qui aura comme conséquences une augmentation significative du nombre de cancers dans les mois à venir.

Célia Charpentier et Isabelle Faure-Kandel, deux psychopraticiennes concernées par le cancer du sein, ont décidé de s’intéresser aux femmes qui ont ou ont eu un cancer du sein, afin de sensibiliser le grand public sur ce cancer mais aussi sur les impacts sur la vie de ces femmes.

Aussi ont-elles décidé de réaliser différentes enquêtes pour mieux comprendre le vécu des malades, leurs ressentis et leurs besoins. La 3ème enquête qu’elles ont réalisée porte sur les problématiques du cancer du sein et de la sexualité.

L’Objectif de ces enquêtes : Informer et sensibiliser les femmes sur les conséquences des traitements des cancer du sein

Le cancer fait se poser des questions fondamentales :
  • Qu’est-ce qu’être une femme, qu’est-ce qu’être féminine ?
  • Comment je me vis en tant que femme, quelle est ma féminité ?
  • Par quoi elle passe, comment est-ce que je la nourris ?

Cette enquête vise à œuvrer pour la visibilité des femmes atteintes d’un cancer du sein. En leur donnant la parole, en leur permettant de s’exprimer de manière anonyme et de les questionner sur leur vécu intime face à la maladie, Celia et Isabelle se font le porte-voix des difficultés rencontrées au quotidien, aussi bien dans leurs parcours de soin que dans leurs vies privées et professionnelles.

Par ces enquêtes, Célia et Isabelle délivrent des témoignages, des parlers authentiques, des  vécus de la difficulté des accès aux soins, de l’inégalité des traitements, des difficultés financières. Les femmes pointent les dysfonctionnements, mettent en lumière leurs problématiques mais aussi préconisent des solutions à mettre en place ou partagent celles qu’elles ont expérimenté et qui n’existent malheureusement pas partout.

La méthode utilisée pour l’enquête « Cancer du sein & Sexualité »

Célia Charpentier et Isabelle Faure-Kandel commencent par interroger en ligne des femmes via des groupes dédiés sur Facebook (panels de 250 femmes environ) et mènent des enquêtes minutieuses. Elles complétent, recoupent, questionnent et enrichissent par des interviews des professionnels du secteur.

Ce que l’enquête révèle

– Des chiffres sur la satisfaction de la sexualité des femmes avant et après cancer
– Les différents impacts des traitements sur le corps et la sexualité des femmes
– La résilience des femmes
– Le manque criant d’informations ou d’accès à l’information
– L’expression des besoins profonds des femmes

Il en ressort que la sexualité est lourdement impactée par la maladie, sexualité avant/après cancer :
  • Cancer du sein et sexualité Satisfaisante : 57% versus 15%
  • Inexistante : 3% versus 41%
  • Pour 46,6% des sondées, la sexualité n’a pas évolué ; elle ne s’est pas transformée
Communication par le corps médical des impacts du cancer sur la sexualité :
  • 71% des sondées affirment n’avoir pas été prévenues du tout quant aux impacts du cancer sur leur sexualité.
  • Sur les 29% restant : 13,8% ont reçu cette information de leur oncologue, 8,6% des infirmières, 5, 2% de leur gynécologue, 3,4% de leur chirurgien, et 1,7% de leur médecin traitant.
  • 78% d’entre elles confient qu’elles n’ont pas été suffisamment informées, qu’elles ont reçu le minimum d’informations.
Les traitements lourds pour soigner le cancer ont des impacts majeurs sur la sexualité des femmes :
  • 55% souffent de sécheresses vaginales
  • 74% connaissent une baisse de libido
  • 74% éprouvent une plus grande fatigue
  • 20% souffrent de troubles anxio-dépressifs
  • 65% ont une image de soi diminuée (perte de cheveux, mastectomie, reconstruction…)
  • 50% ressentent une baisse de l’estime de soi
Conséquence : baisse ou perte de l’estime de soi
  • Le changement de la sexualité occasionné par le cancer favorise aussi la baisse de l’estime de soi : 65% des femmes disent avoir ressenti et vécue une image de soi diminuée.
  • Communication dans le couple : pour 31% de l’échantillon, coommuniquer sur la sexualité dans le couple s’est révélé compliqué.

Résilience des femmes : 56,8% des femmes disent avoir dû repenser leur sexualité comme plus de tendresse, avoir besoin de massages, utilisation de lubrifiants, rester habillée pour se sentir moins génées, augmenter les échanges dans le couple, développer la sexualité orale, repenser les positions, explorer une nouvelle communication dans le couple…

Les besoins exprimés par les femmes sont considérables :
  • Soutien psychologique dès l’apparition des 1ers signes diagnostiqués
  • Informations claires et précises sur les conséquences du cancer sur la sexualité et ce, de la part du corps médical, avec un temps spécifique autour de la sexualité, des explications données sans tabou
  • Avoir un rendez-vous systématique avec un sexologue et/ou un psy dans le parcours de soin
  • Obtenir une meilleure écoute concernant les effets secondaires de l’hormonothérapie et des propositions de solution
  • Avoir des conseils spécifiques autour de la libido et spécifiquement avoir des solutions médicales contre la sécheresse vaginale
  • Des conseils pour une meilleure communication dans le couple sur ces thématiques
  • Les soins pour se réaproprier son corps (massages, kiné…) devraient être remboursés
  • De manière générale : plus de compréhension et de respect
Au terme de cette étude, il ressort que :
  • La sexualité demeure un sujet tabou aussi bien avec le corps médical que dans le
    couple.
  • Des difficultés de communication qui existaient dans le couple depuis longtemps et qui avaient été mises sous le tapis avant le cancer, peuvent prendre des proportions
    majeures une fois le cancer présent.
  • Les malades sont confronté(e)s à des problématiques empathiques : il est difficile pour
    les partenaires de se mettre à la place de leurs conjoint(e)s et de ressentir le vécu de
    la maladie, les douleurs subies et la transformation corporelle.
  • Le cancer fait souvent émerger des choses enfouies ou mises de côté (honte, pudeur,
    diversification de l’orientation sexuelle, désir de divorce ou de séparation…).
Ce que les auteurs souhaitent soutenir :

– Il est primordial de mettre en place un vrai parcours sexualité pour les malades. À l’heure où le sujet de la sexualité semble être de moins en moins tabou pour les femmes, aussi bien dans leurs conversations que dans les médias, il est étonnant de constater que lorsque la maladie est là, cet aspect pourtant fondamental de l’équilibre est passé sous silence.

– Les oncologues le disent: ils ne sont pas sexologues. Chacun son métier. Qu’à cela ne tienne, pourquoi ne pas intégrer un(e) sexologue dans le service ?

– Une information sur la sexualité est à intégrer dans le protocole de soins de façon systématique par le corps médical. L’absence d’information ajoute à l’angoisse des patientes. Expliquer ce qui se passe ou peut potentiellement se produire au cours des traitements serait une première piste pour ne pas les laisser dans le vide.

Le cancer est un accélérateur de prise de conscience et un révélateur :
  • « j’ai réussi à mettre mon mari dehors »;
  • « j’ai changé de bord, enfin »;
  • « la sexualité ne devrait pas être taboue, en tout cas , je ne veux plus qu’elle le soit »

Dans le combat contre la maladie, le manque de communication peut éloigner des couples émotionnellement et physiquement. Pour éviter de ne pas surréagir, avoir un espace d’expression intégré au parcours, en groupe ou seul(e) peut faciliter la traversée des épreuves.

Une prochaine enquête est déjà prévue pour 2022. Cette nouvelle enquête portera sur le cancer du sein triple négatif, qui sévit particulièrement chez les jeunes femmes : actuellement, 15% des cancers du sein sont dit « triple négatif » et se soignent statistiquement moins bien que les autres types de cancers.

Un mot sur l’Analyse Psycho Organique

L’Analyse Psycho-Organique (APO) est une thérapie humaniste, inventée par Paul Boyesen
dans les annes 1970. L’APO allie le corps, le coeur et l’esprit. C’est une méthode de
psychothérapie analytique et corporelle, à double écoute : celle des mots et celle du corps.

L’Analyse Psycho Organique reprend les éléments de psychanalyse de Freud, Jung, Lacan
Rogers… et le travail sur le corps développé par W. Reich. La relation thérapeutique favorise le développement de la personne accompagnée. Le patient retrouve ainsi tout pouvoir et toute liberté de penser, de ressentir, de dire et d’agir.

Source texte et photo : C.Charpentier et I.Faure-Kandel  / Pexels




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Rédaction Santé des Iles

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