Regards croisés sur l’art à l’hôpital

Dans le cadre des évènements organisés pour ses 18 ans, l’association Art dans la Cité initie un cycle de conversations, « regards croisés » qui proposent de questionner, en binôme, deux personnalités sur l’importance de l’art dans l’hôpital d’aujourd’hui : au regard de la création, de l’innovation et du bien-être.

 

Pour sa première Conversation, le 9 octobre, elle a convié le Chef trois étoiles du Restaurant le Cinq à Paris, Christian le Squer, Parrain d’Art dans la Cité, et le Professeur Raphaël Vialle, Chef du service de chirurgie orthopédique de l’hôpital Armand-Trousseau AP-HP, Secrétaire général d’Art dans la Cité.

Ils ont dialogué sur le thème : Art, Créativité, Innovation et Bien-être Chirurgie comme en Haute Gastronomie.

Rachel Even, Déléguée générale, a d’abord rappelé en quelques mots la vocation d’Art dans la Cité qui, « depuis 18 ans, des arts visuels aux arts numériques, introduit l’art dans les hôpitaux du monde entier, afin de contribuer au mieux-être des patients et d’améliorer les conditions de travail des personnels. Elle a ensuite posé plusieurs questions aux deux invités au regard de leurs métiers respectifs.

Est-ce que la technique et la technologie sont indissociables de l’art et de l’innovation ?

Pour Christian le Squer, le geste de la main et la technologie aujourd’hui vont ensemble. En gastronomie, la technologie permet d’innover, mais elle va de pair avec le travail du chef. Dans la cuisine il y a toujours le « coup de main », c’est comme pour un parfum, c’est ce qui reste inimitable. Dans la gastronomie on ne peut pas se passer du travail de la main mais la technologie permet d’arriver à l’excellence et de donner aussi de l’émotion. En ce sens, la technologie et la technique sont indissociables.

Pour le Professeur Raphaël Vialle, en chirurgie ou en médecine en général, la technologie est imposée, mais permet une plus grande performance et une meilleure précision au moment du geste, de gagner du temps, d’obtenir de meilleurs résultats, moins de complications, moins de fatigue pour les équipes. Le patient gagne en bien-être. Et Raphaël Vialle souligne la proximité de deux domaines, Chirurgie et Haute-Gastronomie qui évoluent dans un environnement ultra compétitif.

Le compagnonnage, est-ce un passage obligé pour le cuisinier comme pour le chirurgien ?

Christian le Squer considère que ce n’est pas nécessaire d’être compagnon, que le cuisinier doit apprendre avec différents maîtres cuisiniers, il apprend un style de cuisine, par rapport à une région. Au contraire, Raphaël Vialle pense que c’est une étape essentielle pour le chirurgien car on ne rentre pas en chirurgie sans l’envie et on se destine à ce métier grâce à des rencontres.

C’est selon lui le plus souvent un « mentor » qui va façonner le futur chirurgien. Et d’insister sur l’importance du compagnonnage qu’il faut cultiver lorsque l’on est responsable d’une équipe. C’est ce qui va faire beaucoup pour le démarrage de la carrière et de la vocation. Christian le Squer parle davantage d’un style avec lequel le cuisinier doit se sentir à l’aise, et, en ce qui le concerne, c’est à Paris qu’il a trouvé son style, qu’il se sent bien.

Pour lui c’est plus une question de partage et d’empathie, d’éducation également. Il parle du plaisir que représente la façon de transformer un produit qui va avec le plaisir de donner quelque chose. Ainsi il compare la cuisine à la haute couture, l’on vient chercher une différence fait-il remarquer. Il précise qu’il n’y a pas de règles en cuisine au contraire de la médecine, en gastronomie on est alors dans la séduction, dans la production d’une émotion, d’un sentiment, même si la notion de commerce est bien présente, l’on reste dans le partage et le plaisir.

Bloc Opératoire et Cuisine, ressemblance et différence ?

Pour Christian le Squer : « la ressemblance est dans le fait qu’au bloc il y a le Professeur et ses assistants et dans une cuisine il y a le Chef et ses collaborateurs. Ensuite, il y a des différences, un hôpital sauve des vies, donne du bien être à l’humain. Une cuisine transforme un produit afin de créer des saveurs et donner de l’émotion à l’humain ».

Pour Raphaël Vialle, cuisine et bloc opératoire présentent des similitudes : « une enceinte close, une activité fébrile avec un environnement de haute-technicité, on sent des moments d’agitation, ou de grande concentration et d’autres plus détendus, mais ces deux espaces offrent une haute performance semblable, avec des personnes qui savent exactement ce qu’elles doivent faire et comment le faire. Il y a ainsi de vraies analogies alors que l’on ne produit pas la même chose : dans la cuisine ce sont des émotions, au bloc on produit du soin ».

Christian le Squer fait remarquer les changements qui sont apparus, dans le fait de partager son repas, dans la bienveillance qui est recherchée, ainsi que dans le fait de proposer des « cuisines ouvertes », avec les tables d’hôtes où l’on veut réellement montrer comment le cuisinier va transformer un produit, montrer le savoir-faire français, on est davantage dans le plaisir partagé.

Il insiste sur le fait qu’aujourd’hui le client veut tout savoir, ainsi on montre des photos sur les réseaux sociaux. En cuisine on n’a plus de règles, au contraire de la médecine, où il y aura toujours des règles et des contraintes absolues de qualité car l’on doit sauver des vies.

Raphaël Vialle consent qu’en effet on « n’ouvre » pas encore vraiment le bloc opératoire, mais cependant on s’en approche. Il y a là une grande avancée dans la « désacralisation ». Par exemple on va aujourd’hui au bloc habillé, en marchant et non plus allongé…

On est plus proche de la démédicalisation, pour rassurer, pour une mise en valeur qui va faciliter la compréhension du patient sur ce que l’on fait, même si on ne doit pas tout montrer cependant.

Sur l’art et l’inutilité nécessaire dont Art dans la Cité a fait son précepte ?

« Rien n’est inutile en particulier la dimension artistique de chacun » affirme Raphaël Vialle, « car ce qui manque dans la pratique professionnelle actuelle et qui conduit à l’épuisement au travail, c’est justement le côté inutilement nécessaire d’une projection artistique dans l’activité professionnelle.

J’aime cette notion de convergences, nous avons diverses ambitions dans la vie, ce ne sont pas toutes les mêmes : on peut faire son métier du mieux que l’on peut, on peut rendre service à la société, on peut faire du bien au sens médical, mais cette dimension artistique est nécessaire pour ne pas s’épuiser inutilement au travail, c’est-à-dire produire pour produire ne suffit pas, il ne faut pas être privé de ce qui nous a motivé et de ce que l’on aime.

Il existe un grand paradoxe entre ce don que l’on fait avec son travail et ce sentiment de privation que l’on peut ressentir ensuite, s’il n’y a pas cette « trace », si l’on est privé de ce retour. Et l’art, plus que la médecine, permet de laisser quelque chose derrière soi, et si on peut laisser une emprunte artistique durable, à la fois dans le vécu de nos patients mais aussi dans l’hôpital en tant que lieu, nous serons allés plus loin que la seule mission technique pour laquelle nous étions convoqués ».

Pour le chef, c’est en effet plus facile de laisser une empreinte, une trace : lorsque le client revient dans son restaurant c’est qu’il a capté son attention, c’est qu’il a laissé un souvenir. « C’est justement là où nos métiers sont différents » fait-il remarquer, « c’est par le suivi, on mange tous les jours, midi et soir, mais on ne se fait pas opérer tous les jours, on peut aller au restaurant régulièrement, pas à l’hôpital ».

Christian le Squer conclut sur leurs concepts communs de partage, sur le fait d’apporter du bonheur, de faire du bien, de rendre ces lieux de vie plus agréables : « Ce qui nous rapproche peut être ce serait ce questionnement ; comment faire toujours mieux pour apporter bonheur ou bien être, avec bienveillance et humanité, avec de l’émotion…

Le Professeur Raphaël Vialle, conclut quant à lui en témoignant de l’utilité du dispositif Illuminart créé par Art dans la Cité et installé dans son service : « cet outil hautement technologique », qui projette des œuvres d’art interactives et immersives dans les espaces de soin, a fait ses preuves sur les bienfaits qu’il procure. Il ne remplace pas le contact humain, le soutien des bénévoles qui viennent au-devant des patients, mais les bénéfices qu’il apporte en réduisant stress, anxiété et même douleur des patients, en rassurant les familles et en accompagnant les équipes dans leur quotidien, est une preuve s’il en est de l’inutilité nécessaire de l’art à l’hôpital.

Source texte : rachel.even@artdanslacite.eu / www.artdanslacite.eu




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Rédaction Santé des Iles

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